J'ai été athlète de haut niveau. Mon corps, je savais ce qu'il valait, ce qu'il coûtait, ce qu'il rendait.
Puis je suis devenu entrepreneur digital. Et sans m'en rendre vraiment compte, j'ai arrêté de bouger.
Pas du jour au lendemain. Progressivement. Une heure de plus devant l'écran. Une session de sport reportée. Un déjeuner avalé au bureau. Et un jour, je me suis retourné sur les douze derniers mois et j'ai vu ce que ça avait produit : une prise de poids, une fatigue psychologique permanente, des analyses qui ne ressemblaient plus à celles de ma période sportive. Et une nervosité de fond — cette tension d'un entrepreneur qui veut toujours faire plus, encore plus, encore plus de tâches.
Ce n'est pas un manque de volonté. C'est un problème d'architecture.
En France, les adultes passent en moyenne 7 heures par jour en position assise. Pour les entrepreneurs et les travailleurs sur écran, c'est souvent 10 à 12h. L'OMS classe la sédentarité comme le quatrième facteur de risque de mortalité dans le monde — derrière le tabac, l'hypertension et l'hyperglycémie, mais devant l'obésité.
Ce qui est moins connu, c'est l'illusion du "rattrapage sportif". Deux séances de sport par semaine ne compensent pas huit heures passées assis chaque jour. Le problème n'est pas l'absence d'activité physique ponctuelle. C'est l'immobilité prolongée qui dégrade le corps en continu, indépendamment de ce que vous faites le mercredi soir à la salle.
On ne peut pas compenser. On doit changer l'architecture de la journée.
Mais dans notre métier, c'est là que le problème commence.
Il y a quelque chose de particulier dans la psychologie de l'entrepreneur digital : la production ne s'arrête jamais vraiment. Il y a toujours une tâche supplémentaire, un client à relancer, un bug à corriger, un article à finir. L'écran est là, le travail est là, et on a l'impression qu'en restant assis, on avance.
Ce que j'ai compris, c'est que cette logique crée une fatigue psychologique qui s'accumule. On croit performer parce qu'on est occupé. Mais occupé et performant, ce n'est pas la même chose.
Depuis plusieurs mois, j'ai commencé à transformer ma façon de travailler. J'ai intégré les agents IA — Claude Code principalement — à l'ensemble de mes projets. Pas comme un outil de plus. Comme un collaborateur que j'entraîne, que je configure, à qui je délègue des pans entiers de production.
Progressivement, quelque chose s'est passé que je n'avais pas anticipé : je ne faisais plus que superviser.
Les développements de fonctionnalités sur SEVYA, mon SaaS. Les migrations de contenu sur Le Bon Road Trip. Les ajouts de features sur les sites clients. La création de brouillons d'emails de prospection à partir de ma base de données. Les analyses et sélections de mots-clés SEO. Les audits. Les articles — je donne un brief détaillé, l'agent rédige, je valide et j'affine.
Toute cette production — qui me clouait devant un écran pendant des heures — était maintenant déléguée.
C'est lors d'une discussion avec un autre modèle IA que l'idée a pris forme. J'ai partagé ce constat : si la production est déléguée, qu'est-ce qui m'oblige encore à rester assis l'après-midi ? La réponse a été évidente une fois posée.
Rien.
Ce n'est pas une méthode miracle. C'est le résultat de mois d'itérations, de tests, d'ajustements. Voici comment ça fonctionne aujourd'hui.
La matinée est le moment de travail intellectuel pur. Ce que les agents ne peuvent pas faire à ma place : comprendre le contexte business, prioriser, décider, formuler.
Concrètement, je commence par ce que beaucoup sous-estiment : le triage. Je lis et traite tous les mails, je passe en revue mon outil de gestion de tâches (TaskPilot, que j'ai développé moi-même), j'identifie ce qui doit avancer dans la journée.
Ensuite vient le cœur du travail : briefer chaque agent avec précision.
Pour chaque tâche, j'ouvre un terminal Claude Code, je passe la tâche en statut "en cours", et je fournis un maximum de contexte : l'objectif, les contraintes, le format attendu, les ressources disponibles, les cas limites à anticiper. Ce n'est pas de la rédaction rapide. C'est un travail de précision.
Aujourd'hui j'ai lancé 6 à 7 tâches en parallèle. Je peux monter jusqu'à 10. Mais je préfère rester autour de 5 — pour avoir le temps de répondre efficacement si un agent est bloqué, et pour pouvoir tout vérifier sérieusement au retour.
Une fois les briefs posés, les agents sont lancés. Et moi, je vais à la salle.
Depuis mon téléphone, je reste accessible. Si un agent bloque sur une décision qu'il ne peut pas prendre seul, je réponds. Si une tâche nécessite une validation intermédiaire, je la donne. Mais c'est de la supervision légère — pas de l'exécution. Je ne produis pas depuis mon téléphone. Je pilote.
C'est la distinction fondamentale.
En fin d'après-midi, je rentre. Je passe en revue tout ce qui est en statut "à valider". Tâche par tâche : je regarde ce qui a été produit, je valide ou je corrige, je fournis un feedback pour le lendemain. Cette session dure rarement plus de 30 à 45 minutes quand les briefs du matin étaient bien posés.
C'est là où je dois être honnête.
Cette méthode repose sur une infrastructure que j'ai construite sur plusieurs mois. Ce n'est pas "ouvrir Claude et dicter des tâches". C'est un écosystème complet :
CLAUDE.md) qui expliquent à l'agent comment ce projet fonctionne, quelles sont les conventions, les outils connectés, les contraintes métier.Quelqu'un qui essaie sans cette infrastructure va générer du travail généraliste, peu précis, souvent à reprendre entièrement. L'agent ne sait pas comment vous travaillez. Il ne connaît pas vos clients, vos projets, vos standards. Il fait de son mieux avec ce qu'on lui donne — et si on lui donne peu, il produira peu.
La dextérité dans cette méthode, c'est ça : construire un environnement où l'agent ne peut pas se perdre.
Je suis honnête : je suis en phase de test.
Ce système fonctionne. Mais il n'est pas parfait. Il y a des tâches où l'agent bloque plus que prévu. Des briefs que je pensais complets et qui laissaient trop de latitude. Des validations qui prennent plus de temps que prévu parce que la production demande plus de corrections.
Je note tout. Chaque friction, chaque blocage, chaque ajustement. L'objectif est qu'au fil des semaines — et des mois — le système soit suffisamment rodé pour que l'après-midi soit vraiment libre, et la session de validation vraiment rapide.
L'objectif final n'est pas d'être moins productif. C'est de produire autant — voire mieux, grâce à une meilleure concentration le matin — tout en récupérant du temps pour mon corps.
Parce que la performance passe par le bien-être. Ce n'est pas une conviction philosophique. C'est ce que les chiffres de ma santé m'ont montré quand j'ai arrêté de bouger.
La productivité agentique n'est pas une question de technologie. C'est une question d'organisation.
Les outils existent. Claude Code, les serveurs MCP, les APIs — tout ça est accessible. Ce qui ne s'improvise pas, c'est la structure qui permet à ces outils de produire quelque chose d'utile.
Et cette structure, une fois en place, change radicalement le rapport entre le temps passé et la valeur produite.
Je construis cette méthode en public. Je partagerai les résultats — les bons comme les mauvais.
Tu utilises déjà des agents IA dans ton quotidien professionnel ? Quel est ton plus grand blocage pour aller vers ce type d'organisation ?