Un soir, un ami me parle d'un problème qui l'agace depuis des mois.
Il est spécialiste ads. Ses clients signent, mais il n'arrive pas à reconstituer précisément le chemin parcouru avant. Par quel canal ils sont arrivés. Combien de points de contact avant la décision. Quel contenu a pesé dans la balance.
Il a cherché des solutions. Il en a trouvé. Des plateformes complètes, bien construites, bien designées — à 400, 500 euros par mois. Des dashboards avec vingt onglets, des intégrations dans tous les sens, un onboarding de deux heures.
Pour extraire une donnée.
Cette conversation ne m'a pas quitté.
Ma première réaction a été classique : construire un produit. Une interface, un login, un tableau de bord. Reproduire le format du marché en moins cher.
J'ai passé du temps à imaginer l'architecture. Et plus j'avançais, plus quelque chose me dérangeait. Je n'allais pas résoudre le problème de mon ami — j'allais lui proposer une version allégée du même problème.
Il n'avait pas besoin d'un produit. Il avait besoin d'une capacité.
Alors j'ai changé de question. Pas "comment je construis ce produit ?" mais "comment j'implémente cette capacité dans un agent IA ?"
Quelques semaines plus tard, Trail existait.
Pas d'interface. Pas de dashboard. Un script, une API, une donnée propre : le parcours complet d'un lead, des premières impressions à la signature, touchpoints online et offline croisés. Mon ami copie-colle, son agent reçoit la donnée, l'analyse, fait ses recommandations.
Une primitive. Une seule chose, parfaitement exécutée, branchée directement sur l'agent.
Depuis cette conversation, j'ai une nouvelle question réflexe pour chaque problème que je rencontre : comment est-ce que j'implémente ça dans un agent ? Zéro interface si possible. Quelques lignes. Local ou sur un serveur. Fonctionnel, pas beau.
Ce n'est pas que les produits sont morts. Les interfaces existent encore, elles existeront toujours — l'humain a besoin de voir et de valider. Mais on tend vers quelque chose de différent, et ça va vite.
De plus en plus, le vrai consommateur d'une capacité, c'est l'agent. Pas l'humain. L'agent n'a pas besoin de naviguer une interface. Il a besoin d'une donnée précise, d'une fonction précise, au bon moment. Les produits qui comprennent ça se décomposeront en primitives. Les autres resteront lourds, chers, et de moins en moins justifiables.
C'est la thèse que je construis en public.
Une bibliothèque de primitive tools pour agents marketing — des capacités atomiques, spécialisées, pensées pour être branchées, pas naviguées. Trail pour l'attribution multi-touch. Canopée pour la cartographie sémantique. D'autres en construction.
Pas un SaaS. Pas un dashboard. La couche en dessous — celle que ton agent appelle quand il a besoin de voir ce qu'il ne peut pas voir seul.
On tend vers ça. J'ai décidé de construire là.